C'est pas la fête au cinéma

. 29.6.10
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Comme chaque année la grande solderie du mois de juin a ouvert.
Une place plein tarif, un 'passeport' qui n'en a plus que le nom et l'assurance de voir plein de films pour pas très cher pendant une semaine : bienvenue à la fête du cinéma.

Et comme à l'habitude, les films du mois de juin ont été triés sur le volet. 
Puisqu'il n'est pas question de brader un film à fort potentiel, un de ceux qui rempliront les salles à n'importe quel "prix", on a mis à l'affiche tout ce dont on ne sait pas quoi faire, ces films dont l'insuccès serait un brin humiliant. 
Ceux qu'on brade plutôt que de les laisser pourrir.

Cette année, le programme est un parfait exemple du genre : de "Street Dance 3D" à "Fatal" en passant pas "sex and the city 2" vous aurez du mal à trouver un film correct à vous coller sur la rétine.

Mais à ce prix là, ce serait bien dommage de ne pas donner sa chance, même à un film peu inspirant. 
Alors comme chaque année, j'ai fait la fête du cinéma. 
Ce qui va suivre est le trop modeste  "bilan" de ma journée : 


11h00
J'ai commencé par laisser une chance à Prince of Persia.Pas besoin décrire grand chose sur ce film qui semble avoir été écrit directement par ses producteurs selon des recettes bien établies. Au final, le film décevra tout le monde, les fans du "Prince" vidéo-ludique faute pour eux de retrouver l'inventivité des jeux, mais aussi les autres qui risquent de bailler devant cette aventure sans intérêt. 
13h30
Kiss and Kill aligne quant à lui les défauts inverses. A vouloir trop mélanger les "recettes" cette gentille comédie sentimentale-d'action-d'espionnage-mais-pas-que oscille entre "Mr and Mrs Smith" et True Lies se perd un peu en route. Le résultat n'est pas antipathique. Mais parions que lorsque celui-ci sortira en DVD vous vous demanderez un instant si vous l'avez vu ou pas. 



15h30
Top Cops s'est échappé d'une faille spatio temporelle. Ce "buddy movie" ringard a probablement  été tourné dans les années 80. Les quelques fans de l'Arme Fatale (ils existent) saisis d'une crise de nostalgie prendront peut être un peu de plaisir. Les autres, affligés par l'indigence d'un scénario truffé de gags à base de maris cocus et de pets passeront sagement leur chemin.
17h00
Shrek 4 se regarde avec les mêmes sentiments que ceux qui viennent à la lecture d'un Astérix récent ; l'un de ceux qui ont été écrits par Goscinny. On retrouve les personnages comme on revoit de vieux amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps. Et puis on se rend compte que l'humour tombe à plat, comme s'ils n'avaient plus rien à dire. Le film est sympathique mais vous l'oublierez vite.



Certes, bien sûr il y a ça et là quelques bons films toujours en salle. Robin des Bois par exemple dont j'avais dit pas mal de bien... il y a un plus d'un mois et demi.
Mais cela ne suffit pas à me convaincre que le fête du cinéma peut être un peu plus qu'une vaste convention pour films insignifiants.


Et cette simple idée me met en colère à un point que vous pouvez à peine supposer.
Parce que lorsqu'on m'incite à acheter un passeport pour la fête du cinéma on me demande de prendre un risque. Le risque de dépenser quelques euros. le risque de perdre mon temps. Le risque de m'ennuyer.
Vous me direz que je pinaille, que ce ne sont pas de biens grands risques.
Mais aussi futiles soient-ils, ces risques m'importent à moi, et ils justifient à mon sens que les exploitants de salle prennent eux aussi un petit risque : celui de privilégier des petits films de qualité qui peinent à se faire projeter plutôt que les rebuts de la grande industrie.

On peste suffisamment sur le manque de renouvellement du cinéma, ces films sans audace et ces acteurs qu'on voit dans trois films en même temps pour ne pas vouloir un peu de nouveauté.
Si la fête du cinéma sert à faire venir un public voir en masse des films qu'il ne serait probablement pas venu voir autrement, il serait à mon sens judicieux de profiter de cette fenêtre pour mettre en lumière des films nés sous une étoile plus artistique que commerciale.
Le public ne serait pas le seul bénéficiaire de ce changement, l'industrie du cinéma y trouverait du même coup un moyen d'injecter du sang neuf en son sein à moindre frais.


Il y a urgence. 
Parce qu'une journée pareille, même à ce prix là, ça finit par donner des envie de piraterie numérique même au cinéphage que je suis. 

Faute Inexcusable : le Conseil Constitutionnel change la donne

. 24.6.10
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Il n'y a pas que l'attrait de la nouveauté à l'origine de l'intérêt médiatique indéniable que suscitent les premières décisions du Conseil Constitutionnel qui interviennent dans le cadre des "questions prioritaires de constitutionnalité".
Cette nouvelle procédure, initiée par le récent article 61-1 de la Constitution (il a été crée par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008) est une vraie révolution de notre système juridique puisqu'elle permet pour la première fois à des justiciables de contester la conformité à la constitution d'une loi déjà entrée en vigueur.
C'est l'occasion pour le public de toucher du doigt l'existence dans notre ordre juridique de nombreux textes contraires à la Constitution.
Quant au professionnel du droit, il se trouve désormais dans une situation où plus rien n'est certain.

Prenez la question des accidents du travail mettant en cause l'existence d'une faute inexcusable d'employeur par exemple.
C'est un sujet que j'avais évoqué au sein de précédents articles (ici et ) et que je connais bien pour le pratiquer assidument.
Or, le Conseil Constitutionnel, saisi le 10 mai 2010, par la Cour de cassation, d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) relative à la conformité à la Constitution des articles L. 451-1 et L. 452-1 à L. 452-5 du code de la sécurité sociale. (ceux là même qui étaient évoqués dans mes précédents articles auxquels je vous renvoie.) vient de jeter un pavé dans la mare à l'occasion de sa Décision N° 2010-8 QPC du 18.06.2010. 

[Lire la suite]

Fichus mauvais perdants...

. 23.6.10
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Ça m'agace vraiment de vous ennuyer un peu plus avec ce "France-Afrique du Sud" qui mobilise déjà tout ce que la France compte d'éditorialistes.
Moi-même, je ne peux déjà plus de ce délire masochiste. 

Pire, chose que je ne m'explique pas, chacun semble faire comme si ce délire expiatoire au terme duquel l'équipe de France aurait plongé le pays dans la honte était une réaction normale. 

Je ne crois pas que l'équipe de France a pu seule faire honte à ce pays.
Il me semble au contraire que ce qui est insupportable et désolant, c'est ce réflexe puéril et arrogant qui nous pousse à n'aimer les Bleus que dans la victoire.

Jusqu'à la dernière seconde du match d'hier, nous avons montré au monde la face arrogante du mauvais perdant.
Non... En vérité  nous avons continué dès après le coup de sifflet final : 
Au coup de sifflet final, le Brésilien est allé vers le banc français - les deux équipes étaient éliminées après la victoire 2-1 des Sud-Africains - et lui a tendu la main, mais Domenech l'a refusée, se lançant dans une explication inaudible à la télévision. [source]
 Hier l'Afrique du Sud est aussi sortie de la compétition, elle n'avait guère plus de chance que la France d'échapper à l'élimination; tache à laquelle elle a également failli. 
Pourtant voilà ce qu'on écrivait à son sujet :
L'Afrique du Sud pourrait devenir le premier pays hôte de l'histoire de la Coupe du monde éliminé dès le premier tour. Sa seule chance est de l'emporter largement contre les Bleus et de prier pour que l'Uruguay et le Mexique ne fassent pas match nul.
(...)"Aujourd'hui, le stade est plein et j'ai le sentiment que tous les supporters du Bloemfontein Celtic seront unis derrière les Bafana Bafana avec leurs chansons", ajoute-t-il.
En milieu de matinée, un groupe de plusieurs dizaines de stadiers arrivant devant l'enceinte du Free State Stadium lui donne raison. Ils dansent et chantent à l'unisson "Siwelele", l'hymne du Celtic, qui signifie "Unité". [Source]
Donnés perdants, dès le début de la compétition les Bafana Bafana ont bénéficié du soutien de leur pays jusqu'au bout.
Et après la défaite, les organisateurs locaux s'empressent de soutenir les autres sélections africaines.
Même si son équipe est sortie dès le premier tour, l'Afrique du Sud sera derrière les autres sélections africaines (le "Six Pack"), a assuré le porte-parole du comité local d'organisation. "Même si les Bafana Bafana étaient éliminés, les supporters africains continueraient à soutenir le 'Six Pack', les six équipes africaines (en fait les 5 autres, l'Afrique du Sud étant la 6e), a déclaré Rich Mkhondo. "Les Sud-Africains resteront des hôtes de qualité comme ils l'ont été depuis sept jours", a promis M. Mkhondo, rappelant que 75 % des billets avaient été vendus à des Sud-Africains. [Source]
J'aurais aimé que nos ministres annoncent le soutien de la France aux autres équipes de l'Union Européenne plutôt que de décréter la honte nationale comme un enfant colérique qui refuse l'idée même de la défaite.


On a beaucoup glosé sur le scandale des grévistes millionnaires lors de l'entraînement de ce dimanche.
Roseline Bachelot y même a ajouté son couplet sur la faillite morale de l'équipe de France. 
Mais que dire de la faillite morale de ce peuple Français  qui n'aime son équipe que dans la victoire et et se complait massivement dans la détestation de cette équipe depuis des mois déjà. 
Si le vestiaire des Bleus a souffert d'un climat délétère, l'opinion publique de ce  pays doit à la raison de reconnaître qu'elle y a lourdement contribué. 

A l'instant, il me semble que cette opinion publique qui s'est empressée d'oublier les sinistrés du Var pour se vautrer devant du Football ferait bien de balayer devant sa porte avant que de chercher les boucs  émissaires de sa prétendue faillite morale.

Voilà, j'en ai fini. 
Je vous laisse sur la réaction de l'entraîneur Sud Africain suite à la défaite (historique celle-là) de son équipe.
De son côté, l'Afrique du Sud est devenue la première équipe-hôte d'un Mondial en 80 ans à ne pas se qualifier pour le tour éliminatoire. Ce qui n'a pas empêché l'entraîneur de l'équipe, Carlos Alberto Parreira, de se dire fier de ses joueurs.
«Je suis tellement fier des gars, de la façon dont ils ont joué dès le début, a dit Parreira. Ils ont rendu ce pays fier. Ils ont montré ont belle progression.»
Bien que certains partisans risquent d'être déçus, les Bafana Bafana ont amorcé le tournoi à titre d'équipe classée 31e parmi les 32 formations en lice et ils ont bien réagi dans les circonstances. Une nulle émotive contre le Mexique en début de tournoi a été suivie d'un revers dégonflant de 3-0 contre l'Uruguay, puis de cette victoire de mardi contre une équipe classée neuvième au monde.
C'est pourquoi Parreira a dit à ses joueurs que leur parcours était bien loin d'être une déception.
«Le sentiment que j'éprouve avant tout, c'est la fierté, a-t-il affirmé. Nous savions que ce groupe serait très difficile. Je ne peux pas dire que je suis triste, je suis heureux.» [source]

Le crédit de la réforme (ou l'inverse)

. 22.6.10
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Je ne m'explique pas le relatif désintérêt de la presse pour le projet de loi portant réforme du crédit à la consommation,qui après plus d'an an de discussion au parlement, a été adopté cette nuit par le Sénat dans un relatif silence médiatique.

En toute bonne foi, je dois reconnaître avoir vu passer un deux articles sur le sujet dans la presse. 
Mais "les échos", "La tribune" ou Dalloz.fr ne sont lus que par des initiés.


La majorité présidentielle aurait pu s'emparer de ce sujet comme une illustration de l'action qu'elle mène concrètement et dès à présent pour "moraliser le capitalisme"et réguler le secteur bancaire comme elle se prêt à le répéter. 
L'opposition aurait pu une nouvelle fois dénoncer comme elle l'avait fait il y a un mois de cela par la voix du député Jean Gaubert,

 un texte en trompe-l'œil inspiré par et pour les prêteurs et contre les emprunteurs".[source]
Mais il faut croire que donner son avis sur la faillite de l'équipe de France est plus porteur que l'analyse des conditions futures de l'endettement des Français.

Quoi qu'il en soit, le fait que l'on ait plus ou moins jeté une burqa un voile pudique sur ce sujet d'actualité pourtant susceptible d'avoir une influence directe sur la vie de l''immense majorité des français suffit à me le rendre intéressant.

Car au delà de l'aspect politique évoqué plus haut, l'impact sociétal de cette réforme sera directement ressenti par les "consommateurs" et aura directement une incidence sur la façon d'un l'un achètera son nouveau véhicule ou l'autre financera son superbe ordinateur


Le texte est à la fois trop long, trop technique et trop jeune pour que je vous en livre un analyse précise. 
Mais dès à présent, je relève que derrière les dispositions protectrices des consommateurs mises en avant par le ministère de l'économie se trouvent de bien beaux cadeaux à l'intention des établissements de crédit. 




Au nombres des changements prétendument protecteurs figure par exemple l'encadrement de la publicité des crédits à la consommations par des dispositions telles que : 
« Toute publicité, à l’exception des publicités radiodiffusées, contient, quel que soit le support utilisé, la mention suivante : “Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.” » [art 2]
Vous me permettrez de rester humblement dubitatif quant à l'efficacité d'une telle mesure sur le consommateur assailli d'incitations à s'offrir la dernière tablette tactile... 

A l'opposé, la nouvelle rédaction de l'article L 311-1 du code de la consommation est un de ces cadeaux qui devraient sacrément plaire aux établissements de crédit. 
Dans sa rédaction votée hier soir, celle qui devrait entrer en vigueur d'ici à la fin de l'année cet article prescrit désormais la chose suivante :
Art. L. 311-1. - Au sens du présent chapitre, sont considérés comme :
(...) 4°  Opération ou contrat de crédit, une opération ou un contrat par lequel un prêteur consent ou s’engage à consentir à l’emprunteur un crédit sous la forme d’un délai de paiement, d’un prêt, y compris sous forme de découvert ou de toute autre facilité de paiement similaire, à l’exception des contrats conclus en vue de la fourniture d’une prestation continue ou à exécution successive de services ou de biens de même nature et aux termes desquels l’emprunteur en règle le coût par paiements échelonnés pendant toute la durée de la fourniture " [source]
Pour mémoire l'Art. L. 311-2 al. 2 du code de la consommation dans sa rédaction antérieure à la réforme disposait : 
Pour l'application du présent chapitre, la location-vente et la location avec option d'achat, ainsi que les ventes ou prestations de services dont le paiement est échelonné, différé ou fractionné, sont assimilées à des opérations de crédit. [source]
Cet alinéa se présente désormais comme suit :
"Pour l'application du présent chapitre, la location-vente et la location avec option d'achat sont assimilées à des opérations de crédit."
Grâce aux efforts conjugués du gouvernement, de l'Assemblée et du Sénat, "les ventes ou prestations de services dont le paiement est échelonné, différé ou fractionné" accordés à des consommateurs ne disposeront bientôt plus du formalisme protecteur offert par le livre 3 du code de la consommation. 
Les établissements de crédit qui pratiquent ces opérations n'auront bientôt plus besoin de reproduire toutes ces mentions obligatoires qui les dérangent. 
Les mêmes établissements n'encourront plus le risque d'être déchu du droit de percevoir des intérêts en cas de manquement à la loi.
Merci Père Noël.


Un mot encore, sur la part de la réforme qui a été provisoirement reportée. 
Le texte prévoit dès à présent un article selon lequel :
L’article L. 311‑9 du même code est ainsi rétabli :
« Art. L. 311‑9. – Avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Le prêteur consulte le fichier prévu à l’article L. 333‑4 [NDLA : il s'agit du FICP], dans les conditions prévues par l’arrêté mentionné à l’article L. 333‑5. »
Afin de permettre aux établissements de crédit de s'assurer de la solvabilité de leurs clients, il avait initialement été envisagé d'accorder aux établissements de crédit un pouvoir d'investigation bien supérieur à la simple consultation du fichier des incidents de crédit aux particuliers. 


Il s'agissait de créer à leur intention un fichier "positif" qui recenserait l'ensemble des crédits accordés aux particuliers sur tout le territoire Français. 
Si cette idée n'a provisoirement pas été retenue, elle n'est toutefois pas abandonnée ainsi qu'en témoigne 'article 49 du projet de loi ainsi rédigé :
La création d’un registre national des crédits aux particuliers, placé sous la responsabilité de la Banque de France, fait l’objet d’un rapport remis au Gouvernement et au Parlement, dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente loi, élaboré par un comité chargé de préfigurer cette création et dont la composition est fixée par décret.
Ce rapport précise les conditions dans lesquelles des données à caractère personnel, complémentaires de celles figurant dans le fichier mentionné à l’article L. 333‑4 du code de la consommation et susceptibles de constituer des indicateurs de l’état d’endettement des personnes physiques ayant contracté des crédits à des fins non professionnelles, peuvent être inscrites au sein de ce fichier pour prévenir le surendettement et assurer une meilleure information des prêteurs sur la solvabilité des emprunteurs, dans le respect de la loi n° 78‑17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.[Même source que plus haut]
Certes, il ne s'aghit pas d'un péril imminent. 
Et Christine Lagarde semble très opposée à la création d'un tel fichier.   
Mais il me paraissait important de vous toucher un mot de ce projet, qui reste dans les tuyaux et vient mettre sa pierre à l'édifice déjà massif du fichage des particuliers.


 PS : 
Pendant que j'écrivais ceci quelques courageux journalistes on fini par rendre leurs copies et publié par exemple : 

 Vous noterez au passage leur ton bien plus optimiste que le mien ! 

... On croirait par moments y retrouver des reprises un rien paresseuses de la communication du ministère ;-)

Les géants polonais s'invitent à Aix

. 12.6.10
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Ne vous méprenez pas : je n'ai pas la moindre velléité de devenir photographe. 
Je n'en ai ni la technique, ni l'équipement ni le talent. 
Mais le rendu de l'exposition littéralement monumentale de l'artiste franco-polonais Igor Mitoraj qui a envahi les rues d'Aix-en-Provence depuis quelques jours m'a paru si saisissant que je ne résiste pas à l'envie de vous en faire partager un bout.






Si vous êtes curieux et souhaitez en savoir plus des informations plus précises sont visibles ici et .
Et si les photos vous plaisent un peu, le reste de la série est visible sur mon Flikr...

PS : Oui ; mon bras s'est glissé avec une puérile espièglerie sur l'une des photos... 

L'autre coté

. 11.6.10
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Dans son rêve, les coups s'abattent sur le bois trop fin de la porte dont les gonds, qui semblent à chacun d'entre eux un peu plus près de céder, tiennent bon.
Une main fermement posée contre le mur David lutte pour conserver son équilibre sur un pied, saisi de la conviction irraisonnée que le poser reviendrait à alerter l'autre sur le palier.
Il n'a pas de raison objective de se cacher ainsi.
Pourtant, à l'instant cela semble la seule chose à faire : le monde autour s'est rétréci au point de devenir douloureux.

Le temps, pervers, a choisit à l'inverse de se détendre, David pourrait compter chaque seconde, s'il n'était si occupé à retenir la moindre respiration de crainte de se trahir.
Mais les minutes s'égrènent bien plus surement de l'autre coté de la porte.
Cela est si vrai qu'enfin, l'importun s'est lassé. Il lance un juron alors que ses pas marquent chacune des marches qui le séparent de la sortie.

David se laisse glisser le long du mur pour enfin tomber à genoux et briser le silence dans un sanglot.

Lorsqu'enfin le jeune homme se relève, il se sait incapable de revivre cela de nouveau.

Le reste passe à la vitesse d'un souffle, et lorsque David fait glisser la lanière de son sac au creux de son épaule avant d'enfin claquer la porte, il se sent soulagé, un peu. 


Dans son rêve, David a les épaules d'Élise blotties au creux de ses paumes. Ses doigts voyagent d'un bout à l'autre de son dos, avant de s'attarder lentement sur le pli léger qui s'est quelque part au dessus de son nombril. Elle frissonne un instant lorsque les doigts du jeune homme remontent une première fois, juste le temps de parcourir dans un sens puis l'autre ces quelques centimètres de peau d'une douceur infinie qui marquent la frontière de chacun de ses seins.
Quelle heure est-il au juste ?


Dans son rêve David est ébloui par de violents éclairs bleus qui s'abattent à un rythme bien trop régulier. 
Non. A la réflexion il doit plutôt s'agir de flashs répétés. Mais cela n'a pas de sens. Que viendrait faire un photographe dans ce rêve ? Ce serait idiot... Il doit forcément s'agir d'autre chose. David fronce les sourcils comme pour chasser ces lumières, pourtant il pourrait dire déjà que cela ne suffira pas.

Engoncé dans un uniforme sombre le policier a déjà posé une main sur son épaule. Il doit à sa jeunesse ce regard un peu trop droit qui distingue celui qui veut convaincre d'une autorité dont il n'a pas encore acquis l'habitude. David se tourne vers lui dans un réflexe de protection qui s'arrête à mi-course ; littéralement fauché par cette douleur vivace qui est le prix des nuits d'ivresse.
Il se racle la gorge avant toute chose et articule : 
"C'est pour quoi ?"
L'homme en uniforme le regarde, formel.
"Je vais vous demander de me suivre Monsieur."
David croit devoir insister :
"Qu'est ce que vous me voulez ?"
Avant même d'avoir pu obtenir une réponse, David réalise l'agitation par la fenêtre, les gyrophares qui tournent, et l'ambulance surtout.
Il s'assied sur la banquette et attrape cette chemise pas trop froissée qui repose à ses pieds. Un relent de vodka croit devoir remonter à cet instant précis avant de finir en flaque blanche et gluante à seulement quelques centimètres des semelles du policier.
David relève la tête dans un sourire,
"Maintenant je vais pouvoir vous suivre... On connait la raison précise de ce cirque dehors ?"
Le policier ne lui répond pas. David le pressent, lui aussi ignore la raison de ce bastringue. Mieux ; lui aussi donnerait cher pour la connaître.
David quitte la camionnette avec un sentiment d'abandon, c'est un Renault trafic dont l'origine se perd au début des années 80.

Ce qu'il faut vous dire, c'est que David ne l'a pas payée quoiqu'elle lui ait couté pas mal de sueur lorsqu'il s'est agi de la pousser jusqu'au terrain vague dont elle n'a pas bougé depuis bientôt deux ans.
Depuis tout ce temps David la considère comme son foyer, suffisamment en tous cas pour y avoir installé une petite table récupérée dans les ordures quelques deux rues plus loin.
Assis sur la banquette face à ce meuble unique David se prend parfois à s'imaginer dans ce salon qui fut le sien ; dans cette vie qui est si loin déjà.


David n'a pas toujours été clochard, mais à présent cela n'a plus grande importance.
D'autant, qu'il vient de faire quelques pas pour se trouver déjà au milieu du terrain vague, guidé par deux policiers qui lui laissent à peine le temps de comprendre l'évènement qui se déroule au tour de lui.

En vérité la scène est atroce et complexe à la fois. Cela serait plus supportable peut être s'il n'y avait cette odeur âpre et collante de chair à peine grillée.
Rien ne saurait parfaitement décrire ces clous fichés dans ce qui étaient encore deux paumes il y a quelques heures à peine. Pas plus, cette silhouette noire au milieu qui tient bien moins du cadavre que du charbon à forme humaine.

David réprime une nouvelle envie de vomir et presse le pas.
Pour la première fois depuis bien trop longtemps David ne souhaite rien d'autre plus que de quitter ce terrain vague.

C'est peut être aussi bien d'ailleurs, ces horreurs font partie du passé. 
Il est bien tard déjà et plus que temps de se réveiller. 

La Vérité Sur Marie [Perplexité]

. 10.6.10
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J'ai acquis "la vérité sur Marie" vierge de tout à priori, loin des commentaires de mon libraire favori, dans les allées anonymes de la Fnac du bout de la rue bout de la ville. 
Jean Phillippe Toussaint, lui n'était pas vierge en littérature lorsqu'il a publié celui-ci, c'est vous dire que j'avais déjà eu l'occasion de croiser son nom à l'occasion dans ces piles de livres anonymes qui encombrent les grandes surfaces. 

Pas vraiment éclairé par un quatrième de couverture dithyrambique mais très superficiel signé Bernard Pivot, (il est ici) c'est donc en feuilletant l'ouvrage que j'ai pu me faire un avis sur l'écriture de Toussaint. 


Si cette première impression n'avait pas été positive, vous pensez bien que l'ouvrage serait resté sur son rayonnage. Au lieu de quoi, je l'ai adopté. 
Je n'ai donc découvert la trame du roman qu'à mesure que les pages  quittaient le flanc de ma main droite pour se réfugier dans le gauche , à ce moment, je n'avais pas même l'idée que La Vérité sur Marie put être le troisième né d'une série.  
Mais au fond, cela n'a pas grande importance. 

La vérité sur marie est une vision sensible d'un couple en crise qui s'est perdu et se retrouve. Voilà l'essentiel et, autant vous le dire tout de suite ;à la lecture ce sera presque tout. 

Jean Philippe Toussaint choisit de se concentrer sur quelques évènements chacun très  ramassés dans le temps mais relatés avec force détails et toutes la palette des impressions. 
Le tout est servi par une écriture habile et extrêmement maitrisée qui parvient à saisir l'émotion de l'instant avec une précision d'orfèvre.  
S'il est manifestement Maitre dans la description du sentiment amoureux j'ai  toutefois regretté que Jean Philippe Toussaint n'ait ici choisi d'user sa plume qu'au service d'une non-histoire. 

Voilà un roman visiblement écrit avec brio et passion mais sans grande imagination au risque de lasser par instants. 

Au moment ou j'écris ces lignes, je reste désespérément perplexe. 
Suis-je plus abasourdi par la qualité d'écriture et le travail de l'écrivain, ou déçu par le manque de travail du conteur ? 
La question en mérite peut être pas de de réponse. 

Il vaut bien mieux que je vous laisse avec un extrait du roman :
  • Zahir n'avait d'autre état de conscience que la certitude d'être là, il avait cette certitude animale, silencieuse, tacite, infaillible. Ce qu'il y avait au delà de la stalle lui était inconnu, le ciel, la nuit et l'univers. Son pouvoir d'imagination se bornait aux parois qu'il avait devant lui, son esprit butait sur elles et rebondissait pour revenir aux nébulosités de sa propre conscience. C'était comme si des œillères mentales empêchaient Zahir de concevoir le monde au delà de son champ de vision, borné de toutes parts, noir, aveugle, métallique. Il était incapable de sortir des limites matérielles de son box, de se déplacer en esprit dans la nuit où volait le Boeing, il n'éprouvait pas ce désir immémorial  de toujours vouloir repousser les limites pour aller voir au delà, et, à supposer même qu'il y fut parvenu, qu'il eut pu traverser en pensée les parois de l'avion - passant à travers sa peau rivetée, franchissant le fuselage- il serait aussitôt parti en vrille dans le ciel, les quatre fers en l'air, Icare se brûlant les ailes en voulant sortir du rêve qu'il était en train d'imaginer.

Mammuth [Critique]

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On n'entend a peu près que du bien sur le dernier film de Gustave Kervern et Benoit Delepine, alors forcément j'y suis allé avec un à-priori sacrément positif.
Ce sentiment était d'autant plus vrai que j'avais été sacrément emballé par leur précédent long-métrage, le délirant Louise-Michel dont j'avais dit beaucoup de bien à l'époque.
Puisque je n'aime pas les faux suspenses, autant vous dire tout de suite que je n'ai pas été déçu. En revanche, j'ai été particulièrement surpris. 

Vous avez probablement déjà entendu trois mots de la trame générale : 
  • Serge Pilardosse a multiplié les petits boulots tout au long de sa vie.  Mais quant arrive l'heure de la retraite, il a la mauvaise surprise de découvrir qu'il ne peut en profiter dès lors certains employeurs omis de le déclarer . Parce qu'il faut bien trouver de l'argent, alors que Catherine, son épouse ne supporte plus son travail de caissière, il n'a d'autre choix que de partir  sur les routes en quète des justificatifs manquants.  Il enfourche sa vieille moto  "Munch Mammuth" des années 70 entame un périple au cours duquel chaque rencontre sonne comme un retour dans son passé. 

S'il n'est pas étonnant de trouver les deux compères de Groland à la tête d'une histoire à la fois délirante, populaire et socialement engagée, il m'a paru moins attendu de les voir réaliser un road-movie nostalgique empreint de poésie.  
Certes, on retrouve ici ou là dans Mammuth des scènes teintées d'un humour atroce grinçant, mais c'est bien la poésie qui domine.
Par certains aspects, le film rappelle d'ailleurs le formidable broken flowers de Jim Jarmush. 

Une fois encore, Kervern et Delepine ont su s'entourer de la fine équipe d'acteur qui peuple habituellement ses films ; de Benoit Benoit Poelvoorde à Yolande Moreau. 
Mais ici, c'est bien Gerard Depardieu qui porte le film sur ses épaules. 
L'acteur prend un plaisir visible à jouer sur le contraste entre le physique impressionnant de son personnage et son caractère à la fois paisible et passif. 
L'ensemble donne un effet comique immédiat qui marche extrêmement bien.


Sur le fond, à mon sens, il s'agit donc d'un sans faute. 

J'ai toutefois quelques réserves sur la forme. 
Réalisé avec peu de moyens, le film prend parti d'un traitement de l'image volontairement un peu sale qui ne m'a pas totalement emballé. 
De même,  le parti pris parfois abrupt de certains montages ne m'a pas toujours satisfait. 
La prestation d'Isabelle Adjani enfin, certes strictement encadré par un rôle fantomatique, m'a paru un peu surfaite.

Mais vous le voyez, je pinaille.
Allez-y les yeux fermés, ne serait-ce que pour vous rappeler pourquoi on dit de Depardieu qu'il est un si grand acteur.