Christophe Barbier travaille trop

. 21.1.10
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Égoïstement je me fichais un peu des interdictions en tous genres qui sévissent depuis quelques années « dans notre intérêt »
Il faut vous dire d'abord que je ne fume pas et aussi que je n'ai pas de permis de conduire, alors jusqu'ici je pouvais me contenter de regarder les autres se rendre à pied au restaurant avant d'en ressortir aussitôt pour aller fumer.
Et, puisque je suis plutôt méchant de nature, je le faisais en souriant.
Mais ca y est, j'apprends à présent qu'après Américan Airlines et Ryanair l'année dernière, c'est au tour d'Air France de facturer systématiquement de facturer deux sièges aux obèses... « pour raison de sécurité".
Bien sûr... 

On me l'avais répété pourtant qu'il ne fallait plus manger « trop gras trop sucré ou trop salé » mais, comme vous je suppose, je n'avais pas écouté. 
Méchant et indiscipliné, je sais, ca partait assez mal.
Puis j'ai écouté l'édito de Christophe Barbier, qui considère qu'Air France à raison dans une vidéo qui m'a tellement agacé... qu'elle m'en a donné faim.


"Il faut distinguer dans notre vie collective ceux qui sont cent pour cent victimes d'un handicap et ceux qui peuvent avoir une part de responsabilité."
"Il y a des obèses qui le sont à leur corps défendant c'est génétique, c'est une maladie, ils ne peuvent pas faire autrement. Et puis il y a ceux qui payent le prix en étant obèses de comportement alimentaires dérégulés, d'un manque de volonté,  d'un manque de violence qu'on se fait à soi même pour que son corps ne crée pas des problèmes à la collectivité".

Voilà mot pour mot ce que nous dit Christophe Barbier avant de s'interroger sur la possibilité de distinguer "l'obésité subie de l'obésité dont on est responsable" dans une rhétorique à la sonorité présidentielle qui va jusqu'à lui emprunter ses lourdes allusions au  principe de responsabilité. 

Or, quant j'écoute ca, j'ai du mal à croire que ce sont les mots du directeur de la rédaction de l'Express ce magazine d'information de référence, un homme à ce titre appelé à offrir des grilles de lectures cohérentes à ceux qui le lisent ou l'écoutent. 

Puisqu'entre ses fonctions à LCI ses éditos vidéo et les nombreuses émissions politiques auquel il ne cesse de participer j'ai  depuis quelques temps l'impression de voir la "marque" Christophe Barbier du soir au matin je ne peux que supposer que l'homme Christophe Barbier est surmené. 
Car à bien l'écouter, ce n'est pas une mais au moins deux erreurs de raisonnement qui ponctuent son discours.

La première d'entre elles réside bien sûr dans un mépris des faits dont il propose une lecture. 
En effet, dans le cadre de la modification de ses conditions de vente Air France ne propose pas de distinguer entre les obèses mais bien d'appliquer sa mesure de manière générale.   
Comment pourrait-elle d'ailleurs faire autrement ? 
Dans ces conditions, déclarer qu'une mesure générale qui touche aussi bien les "victimes" que les supposés "responsables" est une bonne chose me parait plutôt... périlleux.




Mais il y a pire. 
Car en vérité, l'obèse auquel fait référence Christophe barbier, celui qui fait ne se fait pas suffisamment "violence" est un homme qui n'existe pas. 
En s'appuyant sur le concept - certes à la mode- selon lequel un homme serait absolument responsable de ses actes dès lors qu'il n'est pas malade ou génétiquement déterminé il semble partir du principe que cet homme  serait une ile.

Cet homme absolument responsable de ses décisions, c'est un homme conçu hors-sol, un individu élevé dans une brique de lait "à l'abri de l'air et de la lumière", en somme un individu parfaitement heureux. 
Je ne souhaite à Christophe Barbier rien de moins qu'un bonheur éternel et absolu, bien que je ne sois pas convaincu que ce concept soit aisément conciliable avec l'humanité d'une vie. 
Car à mon sens, il est nécessairement absurde de vouloir considérer que l'obésité puisse être appréciée à l'exclusion de tout déterminisme externe, 
La récente étude publiée par l'observatoire des inégalités en est d'ailleurs un démenti criant en ce qu'elle révèle que :

  • L’obésité est deux fois plus répandue dans les catégories les moins favorisées (13,8 % chez les ouvriers, 13,2 % chez les employés) que dans les catégories plus aisées (7,1 % pour les cadres supérieurs),
  • Le revenu est un facteur important. L’obésité concerne 18 % des adultes vivant dans un foyer aux revenus inférieurs à 1 200 euros, contre 5,4 % de ceux qui ont un revenu mensuel supérieur à 5 301 euros.
  • Le niveau de diplôme joue un rôle encore plus important dans la détermination des pratiques alimentaires.[source]
Vous m'accorderez qu'il ne s'agit pas d'une grande découverte... 

Dans un autre domaine, le droit pénal Français qui est mieux que tout autre le lieu de la responsabilité reconnait la nécessité que la sanction pénale soit adaptée et donc modulée par le juge en fonction de la nature de celui qu'elle va frapper.

L'édito de Christophe Barbier sur les obèses c'est de l'opinion qui veut se faire passer pour de la raison, du pseudo bon sens populaire déguisé en analyse politique, une "grossophobie" qui ne résiste pas plus à l'analyse qu'elle ne tire ses propres conséquences. 

A raisonner avec un pareil cynisme trouvera t'on demain admissible d'annoncer  aux fumeurs atteints d'un cancer qu'il est inadmissible que la sécurité sociale prenne en charge leur maladie car ils n'ont pas pris à temps les mesures pour que "leur corps ne crée pas des problèmes à la collectivité" ?


De grâce, Christophe... -je peux vous appeler Christophe ?-  vous ne pouvez pas sérieusement penser (j'insiste sur ce mot) ce que vous avez dit. 
Prenez des vacances, si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour les lecteurs de l'Express.

Les mauvaises idées voyagent en avion

. 20.1.10
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Le 22.04.2009 j'écrivais ici un article intitulé "discrimination commercialement positive" dans lequel j'avais eu notamment eu l'occasion de m'indigner de cette pratique qui se développe au sein des compagnies aériennes de facturer deux sièges aux personnes obèses.


Je m'appuyais en partie sur un article de Libération et écrivais la chose suivante :
Le quotidien rappelle aussi que la compagnie Air France, avait elle-même tenté en 2007 de facturer deux sièges à un client jugé trop corpulent pour n'occuper qu'une seule place s'était d'ailleurs vue sanctionner  par le  TGI de Bobigny le 16.11.2007.
Il me semble toutefois nécessaire de modérer la portée de cette décision isolée .
D'ailleurs, à bien y regarder le tribunal n'avait pas condamné Air france du fait de la discrimination mais bien parce que la nécessité d'acheter un second billet du fait de sa corpulence n'avait pas  été prévue au contrat de transport  conclu entre elle et le passager. (P. 7 in fine du jugement)

[certes, un "fat man" qui tombe du ciel ça peut faire mal... ]


Parce que les histoires moches ont aussi le droit d'avoir une suite je tombe à l'instant sur un article du Monde daté du 19 Janvier au soir qui précise la chose suivante :
Les personnes obèses vont prochainement payer près du double pour voyager avec Air France-KLM s'ils sont dans l'incapacité de s'asseoir dans un seul siège d'avion, a annoncé, mardi 19 janvier, la compagnie. Ces personnes paieront 75 % du prix d'un second siège (c'est-à-dire le prix total en enlevant les taxes et les surcharges) en plus du prix complet pour le premier siège occupé, a indiqué une porte-parole, Monique Matze, selon qui la décision a été prise pour des raisons de "sécurité"

Les juristes d'Air France semblent donc etre parvenus aux mêmes conclusions que moi puisqu'ils viennent de modifier leurs conditions contractuelles.
Je ne doute pas qu'un contentieux éclate à nouveaux devant tel ou tel tribunal dans les mois qui arrivent.
L'affaire n'est donc pas forcément finie... 
Mais à l'instant j'ai envie d'être ailleurs, loin... de rêver un peu. 

Par là tiens, ca à l'air beau là-bas

Une Utopie Salie [article à trolls]

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Pour une fois j'ai envie de vous parler d'un procès  sur un autre versant que du simple point de vue juridique.

J'apprends en effet à l'instant par le journal en ligne Avignews que le  cinéma Utopia auquel je me rends souvent vient  d'être attrait devant le Tribunal de Grande Instance d'Avignon pour des faits d'incitation à la haine raciale et d’antisémitisme par "l’association culturelle juive des Alpilles" basée à Saint-Rémy-de-Provence.

Puisque je n'ai rien d'un lecteur fidèle du Figaro ,j'ai raté la tribune publiée par Yann MOIX dans le Figaro cet été qui semble avoir mis le feu aux pellicules , de sorte que j'ai été éminemment surpris par cette nouvelle.

Utopia, c'est un réseau de Cinémas indépendants dont j'apprécie la programmation originale. C'est aussi un lieu clairement proche de l'extrême
gauche qui organise fréquemment des séances suivies de débats, sur des sujets aussi divers que l'histoire de Mayotte ou la défense des sans papiers.

En dépit de ce que ma coiffure pourrait laisser supposer l'endroit n'a donc rien d'un repaire de skin-heads

Tout à ma surprise, je me suis rendu sur le blog d'Utopia qui publie un article sur cette affaire afin de tenter de forger ma pensée. 
J'y ai trouvé l'article litigieux, qui avait été publié dans la gazette d'Utopia cet été à l'occasion de la programmation du "temps qu'il reste", un film d'Elie Suleiman d'ailleurs salué par la critique lors de sa sortie en Israël.

Je n'ai guère la place de le reproduire ici (le voici toutefois in extenso en .pdf) mais je vous en livre les quelques morceaux qui ont manifestement déplu : 
Les Palestiniens vivent depuis 1948 un cauchemar kafkaïen. Alors que musulmans et chrétiens coexistaient pacifiquement en Palestine depuis quelques millénaires avec la minorité juive, les puissances occidentales, en totale méconnaissance de la région, et sous la pression d’une nouvelle idéologie, le sionisme, née en Europe au 19ème siècle, décidèrent implicitement, et ce bien avant la deuxième guerre mondiale comme l’ont montré les nouveaux historiens israéliens, qu’ils seraient expulsés de leur terre pour satisfaire au rêve fou d’un état religieux juif. (...)

Quelques massacres plus tard, perpétrés par les milices juives, c’est chose faite en 1948 avec plus de 700 000 Palestiniens jetés comme des malpropres aux frontières, et ce malgré une résolution de l’ONU exigeant le droit au retour : résolution qui, bien que revalidée près de 100 fois, ne sera jamais respectée par Israël. Au final, un non-sens en guise d’Etat, (...)
Il revient sur son enfance dans une école juive où la lobotomisation sioniste des élèves filait bon train ; sur les deux intifada… et jusqu’à aujourd’hui. [source]
Voilà pour le texte... voici à présent la réplique (déjà ancienne) de Yann Moix dans le Figaro, évoquée supra, qui semble avoir été l'étincelle médiatique à l'origine de la polémique ; 

Les critiques de l'écrivain et cinéaste ne me paraissent pas présenter un grand intérêt en ce qu'elles discutent l'absence de signature au bas de l'article sur le ton de la comparaison avec le panthéon de l'extrême droite.

La gazette d'Utopia a un directeur de la publication, cela me suffit pour le distinguer d'une lettre anonyme.

Va t'on me traiter de moi aussi de lâche sous prétexte que je publie sous pseudonyme alors même que mon nom figure en toute lettres dans les mentions légales (en bas de cette page) et que des liens vers mon Facebook et mon Twitter (à droite cette fois) ne font pas plus de mystère sur mon identité ?

Sur le fond toutefois, il me semble que le débat mérite d'être abordé.



Ce qui pose problème à Yann Moix c'est avant tout le vocabulaire, une forme de juxtaposition des termes qu'il juge inacceptable. 
"le mot milice, collé au mot juif n'est pas un oxymore, c'est une honte. C'est définir, évacuant Auschwitz d'un coup d'adjectif non seulement mal placé mais déplacé qui donnerait aussitôt vie à de jolis avatars comme des nazis juifs, des fascistes juifs, des hitlériens juifs ?."
Le mot milice, voici précisément quelles définitions j'en ai trouvé ici et là : 
  • Du Moyen Âge au XVIIIe s., troupe levée dans les villes ou les paroisses pour renforcer l'armée régulière.  
  • Organisation paramilitaire constituant l'élément de base de certains partis totalitaires ou de certaines dictatures.
  • En Belgique, service militaire. [via le dictionnaire Larousse] 
  • Formation paramilitaire créée par le gouvernement de Vichy en 1943. Dirigée par Darnand, elle collabora avec les Allemands à la lutte contre la Résistance, où elle se distingua par l'usage de ses procédés barbares. [via  l'encyclopédie Larousse]
  • Les milices sont des forces supplétives de l'armée.
  • Dans les pays de l'ex-Bloc soviétique, la milice est l'organisation chargée du maintien de l'ordre public, rôle semblable à celui de la police et, pour la France, à celui de la gendarmerie.
  • Le nom est donné aussi à des groupes de personnes créés ponctuellement pour maintenir l'ordre, notamment en cas de troubles civils, ou pour combattre. [via wikipédia]
Le terme milice a donc plusieurs acceptions de sorte qu'il ne me semble pas qu'il puisse être assimilé de facto au nazisme, même s'il ne s'agit pas d'être naïf en se contentant de supposer qu'il ait pu être employé dans son sens le plus doux... 
Mais à supposer que cela soit le cas, l'expression, qui replacée dans son contexte porte avant tout une critique d'ordre politique (et non "ethnique")  ne me parait pas relever de l'antisémitisme. 
L'excès que porte le terme milice prête le flanc à la critique, pour autant je ne suis pas certain qu'il soit nécessaire d'enchérir par un second excès.

Quant à la phrase concernant "une école juive où la lobotomisation sioniste des élèves filait bon train", pour maladroite qu'elle soit, me semble être -en ce qu'elle fait suite à une référence aux nouveaux historiens- une allusion à la thèse développée par l'historien Israélien Shlomo Sand dans son livre "Comment le peuple juif fut inventé".

Si l'article publié dans la gazette d'Utopia file à l'excès la métaphore du totalitarisme il ne me parait pas choquant et bien moins antisémite (quoique certes polémique) de discuter la politique d'Israël à l'égard des palestiniens.
Vous l'avez compris,si je crois déceler une grande maladresse dans  ledit article, j'ai du mal à comprendre la thèse de l'antisémitisme. (d'ailleurs abondamment réfutée par l'auteur du texte litigieux)

Pire, je crois y distinguer les contours d'une forme de censure intellectuelle qui me parait dangereuse. 
Car à suivre le chemin absurde emprunté par Yann Moix, toute critique dirigée vers Israël porte en germe un antisémitisme.




Vous qui naviguez sur le web vous connaissez probablement le "point Godwin",l'équivalent sur internet de ce qu'on connait depuis plus longtemps sous l'appellation "reductio ad hitlerum". 
Il est d'usage de s'accorder sur le fait que dans une conversation l'un des interlocuteurs procède par analogie au nazisme la conversation atteint un point où toute débat devient stérile. 
Il est bien sûr excessif, donc absurde de comparer Nicolas Sarkozy à Petain ; "comparaison n'est pas raison".



Mais pour autant il me semble inquiétant de se priver de considérer ,que par certains aspects, un régime politique actuel d'ici ou d'ailleurs puisse, sans être superposables à eux, glisser vers certains de ces aspects qui nous font maudire les totalitarismes. 

Pour prendre un exemple signifiant ; vous parait-il conforme à votre idée de la démocratie qu'un enfant puisse légalement être détenu dans un centre de rétention à raison de sa nationalité dans notre pays ? 
De même, si je crois qu'il est intellectuellement insultant de penser qu'Israël serait un méchant état raciste, je refuse d'écarter la question de la politique de ce pays du champ de ma discussion politique.

Je ne suis pas certain que les européens des années trente aient clairement eu conscience de la réduction progressive de leurs droits lors de la montée des totalitarismes.
Et pour cette simple raison je n'ai pas envie de  me priver de certaines occasions de me voir décerner, à tort ou à raison, quelques jolis points Godwin.

Le dernier vol [critique]

. 4.1.10
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Sur le papier Le Dernier Vol est un film qui a de la gueule ; le couple Marion Cotillard-Guillaume Canet à nouveau réuni à l'écran, du désert et de la romance d'un bout à l'autre. 
Ajoutez à cela un caractère nécessairement romanesque, puisqu'il s'agit d'une adaptation du "Dernier vol de Lancaster", écrit par le journaliste et écrivain  Sylvain Estibal.   





Sur le papier, il s'agit d'une romance, racontée dans un décor  grandiose
"En 1933, Antoine Chauvet est un lieutenant de l'armée Française parti à l'aventure dans le Sahara Français, et tombé sous le charme du pays et de ses habitants. 
Confronté à une probable révolte, il rencontre d'importants problèmes avec sa hiérarchie lorsqu'arrive l'aventurière et aviatrice Marie Vallières de Beaumont venue à la recherche de l'homme qu'elle aime, disparu lors d'une tentative de traversée Londres / Le Cap en avion. 
Bientôt, ils se trouvent face à eux mêmes dans le désert."  





Le film entame avec des images sublimes du Ténéré vu d'avion, c'est à la fois très beau et très lent.
Au point d'ailleurs que j'ai craint que rapidement le film se perde en séance d'onanisme pour directeur de la photo. 
Cette crainte s'est pourtant très vite révélée infondée.
ici le désert n'est que prétexte à la solitude et à l'épreuve qui doit faire se rencontrer les deux personnages campés par le couple Cotillard-Canet. 

Les plans serrés s'enchainent, et la magie tarde à opérer. 





Marion Cotillard déclame plus qu'elle ne joue, alors que Guillaume canet semble s'ennuyer ferme. 
On en vient à espérer que les Touaregs se révoltent ne serait-ce que pour briser l'ennui qui s'installe. 

L'histoire choisit toutefois une autre direction, celle du désert où s'enfoncent seuls les deux personnages principaux. 
La dernière demi-heure est d'une lenteur qui confine au ridicule, et s'étire jusqu'à une fin abrupte qui a des airs de bâclé. 

Je suis d'un naturel bienveillant avec les films, vraiment, mais j'aurais le plus grand mal à dire que j'ai aimé ce dernier vol qui ressemble fort à un crash. 
Insomniaque de nature, je prévois toutefois d'acquérir le DVD à des fins médicales


A grands coups de balai dans le mur

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La lueur rosée qui recoure l'horizon derrière la voie ferrée face à ma fenêtre n'étaient pas apparues encore lorsque je me suis levée.
Cela doit signifier qu'il était moins de six heures. 
Peu importe, cela fait dix longs mois à présent que je ne dors plus. 

J'ai enfilé mon peignoir, le gris qui m'est un peu ample, sans passer par la salle de bains. 
Le miroir au dessus du lavabo me fait horreur, j'ai tant vieilli depuis deux ans...
Alors je suis allée jusqu'au fauteuil, le doigt fermement posé sur la télécommande de la télévision. 
L'écran a mis du temps à s'éclairer, j'ai bien pur qu'il ne soit près de la fin lui aussi, j'ai profité de ces instants pour chercher du bout des doigts le cas de brioches au sucre, celui que je laisse sous le pied gauche du fauteuil pour ne pas avoir à trop me lever. 
Le temps s'est écoulé, de William Leymergie à Jean-Pierre Pernaud, puis de Juiien Lepers à David Pujadas. 
J'aime bien Davd Pujadas, cet homme a l'air si sage, si rassurant. Lorsqu'il murmure les nouvelles le monde à l'air un peu moins laid. 

J'aimerais bien monter le son pour l'entendre un peu mieux, mais ca aussi m'est interdit. 
Si je me risquais à monter le son de la télévision un peu plus fort ou me risquait à allumer une lampe elle saurait que je suis là. 
Cette horrible femme a réussi à me salir la vie jusqu'à me priver de ce petit plaisir. 
Elle n'est pas loin, juste un étage au dessous, une vieille perfide, qui manipule tout le monde et fait du bruit pour le simple plaisir de me faire souffrir.
Jour et nuit ce bruit de perceuse et de marteau dans mon oreille,.
Jour et nuit depuis dix huit mois. 

Si seulement je savais pourquoi elle me déteste, je pourrais probablement résoudre ce problème dont le syndic de l'immeuble refuse de s'occuper.
Eux aussi, ils m'ont abandonnée. 

Quant à la police, elle refuse d'agir, ce n'est pas faute de l'appeler pourtant.
Alors le mois dernier, j'ai été parler à la voisine d'à coté, mais elle m'a répondu ne rien entendre de particulier. Comme par hasard...
Les voisins refusent de me croire, ils sont acquis à la cause de ma tortionnaire.
Elle sait si bien manipuler les gens.
Je me suis longtemps demandé comment elle parvenait à faire du bruit sans discontinuer, même lorsque des voisins prétendaient l'avoir croisée en ville.
Puis j'ai compris quand un jour j'ai croisé son fils dans l'escalier : elle et ses proches se relaient. 
Le stratagème est habile, les autres s'y sont fait prendre mais pas moi.
Je n'en  peux plus de subir, alors aujourd'hui j'ai décidé d'agir. 
Et puisqu'elle veut la guerre j'emploie des armes à sa mesure.
Ce ne sera pas bien difficile, cette simple boule de bois fera l'affaire. 
Cela fait trois heures déjà que je la laisse tomber à mes pieds et rebondir une fois ou deux. 
C'est un travail fatiguant bien sûr, mais dix huit mois de calvaire m'ont donné bien plus de force que je n'en ai besoin.
Soudain, de la lumière filtre sous la porte d'entrée. 
Des voix nombreuses se répondent sur le palier.
Je coupe le son du téléviseur et m'enfonce un peu plus dans le fauteuil. 
Puis un premier coup de sonnette vient confirmer mes craintes.


Sois forte ma fille.

Ils arrivent.