Citation cynique N° 3

. 29.10.09
View Comments

“Sachant d’où il vient, Eric Besson peut dire tout ce qu’il veut. Imaginez les cris d’orfraie si quelqu’un comme moi avait dit la même chose !”, ajoute-t-il. Pour lui, ce débat va permettre de “prendre à bras-le-corps le problème de l’immigration - où notre politique a été globalement un échec - et de traiter la question de la délinquance des mineurs


Il parait que Christine Boutin craint que le débat ne dérape… Je crains que ce ne soit déja fait.

Faute inexcusable, suicide et effet de mode

. 26.10.09
View Comments
On a tous un talent plus ou moins utile de ceux qui  nous distinguent.
ils ont des degrés variables bien sûr et un intérêt inégal. 

Car bien sûr être le roi  du lancer de boulettes de papier est, en termes d'épanouissement personnel bien plus difficile à mettre en valeur que des capacités évidentes pour la physique quantique. 

En ce qui me concerne, j'ai bien peu de chance d'impressionner le plus naïf des nourrissons par mes performances d'athlètes. Mais en revanche je sais l'essentiel de ce qu'il y a à savoir, c'est à dire bien plus que la plupart sur les accidents du travail et les maladies professionnelles causées par une "faute inexcusable de l'employeur". 

Au quotidien je l'avoue c'est assez inutile, mais professionnellement cela m'a permis de faire moult fois la différence face à des juristes à priori de formation équivalente à la mienne. 

Je ne vais pas vous faire un rappel complet de la notion, d'autant que je l'ai déjà fait au moins par deux fois  ici  et . 

Seulement, depuis quelques semaines le projecteur braqué par les médias sur la question des suicides liés au travail fait surgir le mot au moindre article puisque les proches des victimes et les syndicats entendent désormais faire consacrer la "faute inexcusable de l'employeur" qui serait à l'origine dudit suicide. 

Une affaire de ce type était d'ailleurs évoqués devant le TASS de Nanterre le 19.10 dernier :

Bien avant France Telecom, une autre entreprise avait, elle aussi, connu une vague de suicides. C’était Renault, en 2006. En quelques mois, plusieurs ingénieurs du Technocentre de Guyencourt (Yvelines) avaient mis fin à leurs jours.
Parmi eux, Antonio, qui a sauté de la fenêtre de son bureau situé au 5e étage, le 20 octobre 2006.
C'était le cas, le dix neuf octobre dernier de l'épouse d'un salarié de Renault : 
Sa veuve, Sylvie, a déjà réussi à faire reconnaître ce suicide comme un accident du travail. Et aujourd’hui, elle va plus loin. Devant le tribunal des Affaires de Sécurité sociale de Nanterre, elle attaque Renault pour "faute inexcusable". Sylvie se défend de chercher à se venger d’un supérieur qui aurait harcelé son mari pendant des années, elle affirme qu’elle veut "faire condamner un système". [source : France Inter]

Face à ce déferlement de fautes inexcusables dans les médias, j'ai commencé par me sentir dépossédé de mon pré carré, un peu comme ces adolescents qui renient leur groupe de rock préféré sitôt le succès de celui-ci venu ; au motif qu'il est "devenu trop commercial". 
Et je me suis rendu compte que je n'étais dépossédé de rien dès lors que l'immense majorité des journalistes n'expliquait rien, comme souvent lorsqu'il s'agit de justice. 

Pire, ils présentaient parfois les choses de manière inexacte, comme dans cet article publié sur Europe 1 qui croit devoir signaler que l'affaire évoquée supra est "Une affaire qui pourrait faire jurisprudence". [rires]




Arrêtons nous un instant. 

Les salariés n'ont pas attendu que les journalistes s'intéressent à leur souffrance pour commettre l'irréparable. 

Quant à la jurisprudence, elle va très bien, merci, d'ailleurs elle a déjà un avis bien arrêté sur la question. 


Pour que puisse être reconnue la faute inexcusable de l'employeur en pareille hypothèse la Cour de cassation exige que le suicide "ait un caractère professionnel".
Il doit donc être démontré que son origine réside dans le travail faute de quoi demande sera nécessairement rejetée.  

C'est la solution qui ressort d'un  arrêt rendu par la 2° chambre civile de la Cour de cassation le 18.10.2005 qui a considéré :

que la cour d'appel, appréciant souverainement les éléments qui lui étaient soumis et abstraction faite des motifs erronés mais surabondants critiqués par la première branche du moyen, a retenu que la tentative de suicide commise par Mme X... revêtait un caractère volontaire, puisant son origine dans des difficultés privées et personnelles, et non dans l'activité professionnelle de la salariée ; qu'elle a pu en déduire que, cet accident n'ayant pas un caractère professionnel, l'employeur n'avait pas commis de faute inexcusable, de sorte que Mme X... devait être déboutée de ses demandes en indemnisation complémentaire [légifrance]
Dans le cas de l'épouse du salarié de Renault l'extrait reproduit plus haut mentionne clairement que  la "veuve, Sylvie, a déjà réussi à faire reconnaître ce suicide comme un accident du travail."

Dès lors, l'action pourra être accueillie si les conditions cumulatives qui forment la définition de la faute inexcusable de l'employeur  sont réunies. 
Un cas de suicide a d'ailleurs déjà été admis par la Cour de cassation comme constituant une faute inexcusable de l'employeur aux termes d'un arrêt rendu  par la 2° chambre civile le 22.02.2007 dont il ressort :

qu'en vertu du contrat de travail le liant à son salarié, l'employeur est tenu d'une obligation de sécurité de résultat, et que le manquement à cette obligation a le caractère d'une faute inexcusable, au sens de l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale, lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ; Et attendu que les énonciations de l'arrêt, selon lesquelles l'équilibre psychologique de M. X... avait été gravement compromis à la suite de la dégradation continue des relations de travail et du comportement de M. Y..., caractérisent le fait que l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé son salarié et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ; que la cour d'appel, qui n'était pas tenue de procéder à une recherche qui ne lui était pas demandée, a pu en déduire que M. Y... avait commis une faute inexcusable. [Cour de cassation]
En somme, la justice n'a (heureusement) pas attendu que  des journalistes s'intéressent à la souffrance au travail pour la prendre en considération. 

Au travers du prisme de France Télécom qui tient beaucoup de la marotte journalistique morbide c'est évidemment un phénomène beaucoup plus large et des méthodes de management "particulières" qui sont mis en évidence. 


Plutôt que de jeter la pierre sur une entreprise en particulier beaucoup de  structures d'importance pourraient en profiter pour faire le point sur le méthodes de gestion du personnel. 

J'ai failli oublier de vous dire... j'aime mon travail.

La clé de l'abime [bouquin]

. 16.10.09
View Comments
La clé de l'abime est un roman éminemment désirable.
Une couverture jolie et mystérieuse à la fois, et le titre qui va avec.
Ceci, servi par Actes Sud, un éditeur qui a largement fait ses preuves en matière de littérature étrangère.
Alors forcément c'est de lui que je me suis d'abord emparé au retour de ma dernière rafle chez le libraire. 



La trame :  
La clé de l'abime c'est l'histoire de Daniel Kean, employé subalterne dans le grand train, chef d'œuvre technologique d'une société futuriste largement eugénique
Bien que confiné à un emploi qui le place tout en bas de l'échelle sociale Daniel Kean est heureux, simplement parce qu'il connait sa chance de vivre avec sa femme Bijou et Yun l'enfant qu'ils ont adopté.
Ce bonheur simple est rapidement chamboulé par l'arrivée de Klaus, un mystérieux terroriste armé d'une bombe ; prêt à faire sauter le grand train si Daniel refuse d'entendre la révélation qu'il tient à lui faire à l'oreille.
La chose aurait pu en rester là si Daniel n'avait vécu dans une société largement religieuse ou les croyants d'un ou plusieurs chapitres de la bible de l'amour et de l'art sont prêts à tout pour s'emparer de la révélation : le seul indice capable de la révéler le chemin de la clé de l'abime, un secret capable d'ébranler dieu même.

Armé d'une histoire solide est très finement construite le dernier Roman de Jose Carlos Somoza se présente comme un roman « concept » qui ne livre sa véritable clé, qu'à la toute dernière ligne.
Comme souvent, c'est à la fois sa force et sa limite. 


L'idée maitresse du livre, celle d'un non-croyant amené à découvrir les uns après les autres les secrets de la bible qui tient lui de colonne vertébrale au monde dans lequel il vit est habile et originale mais limite forcément le propos.
Concentré vers ce seul but, Somoza évite soigneusement toute description détaillée de la société post-apocalyptique dans laquelle se déroule son histoire, et l'on se prend ca et là à ressentir un sentiment d'asepsie qui ne met pas toujours très à l'aise.
Le même constat s'impose en ce qui concerne les personnages nombreux, souvent fascinants et pleins de potentiel mais dont le fond semble quelque peu négligé par l'auteur. 

En somme, voila un roman qui va diviser.
Ceux qui admirent la performance y verront un exercice de style littéraire réellement maitrisé.
Ceux qui s'attachent simplement à l'histoire seront peut être déçus pour les raisons évoquées plus haut mais aussi par la fin qui tient un peu de la blague entre initiés.


Quant à moi, je me sens schizophrène sur ce coup, alors je préfère vous laisser sur un extrait du livre : 

Le Troisième Chapitre raconte la cérémonie fantasmatique pendant le Temps de l'Hiver, à laquelle participe le protagoniste, en compagnie d'un vieillard masqué aux mains gantées et d'un chœur de spectateurs, dans le village enneigée de ses ancêtres. Depuis des siècles, on sait que ce chapitre célèbre un peu plus que le Solstice. Plusieurs traditions l'ont compris comme le symbole de l'adolescence, et dans certaines cultures les enfants, en arrivant à la puberté, dansent en plein air devant leurs parents, ne portant que des gants et des masques, jusqu'à ce que la chaleur de leurs corps nus troue la neige. De la même façon, on rend visite à la maison familiale, on chante sur des rythmes sauvages, on adore des arbres et des colonnes, on descend dans des souterrains où l'on incinère les morts. Les experts du Troisième Chapitre admettent de nombreuses interprétations, mais ils coïncident pour affirmer que l'Auteur parlait lui aussi de la façon de dire au revoir aux êtres chers.