La liberté du diabolo

. 28.7.09
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Elle reste en arrière plan, comme à l'arrière d'une photo, immobile alors qu'il sourit, seul au cœur du demi-cercle.
Elle a les yeux qui brillent lorsque la musique démarre, si elle avait quelques années de plus elle pourrait reconnaitre sans peine un morceau de Queen bien connu.
Sauf qu'à l'instant, cette chanson qui ne lui dit rien n'est que la bande son d'un spectacle merveilleux, le sien ; ou presque. 
Sa tête va de gauche et de droite, alors qu'il entame ses premiers mouvements. 
Le diabolo court le long de la courte corde, s'excite puis s'envole aussitôt. 
Elle lève la tête au ciel pour suivre le cylindre rouge de cet œil agile qui devine par avance la course de sa proie. 
Puis sans attendre, elle laisse rouler au sol un second diabolo avant de le laisser s'élancer à son tour et devenir un très libre petit point jaune au beau milieu du ciel.


Sa voix tremble un peu lorsqu'il leur avoue que c'est son premier festival.
La sueur se fraye lentement un chemin de sa nuque jusqu'au bas de son dos mais il n'en laisse rien paraitre. 
Eux se sont rassemblés là un peu par habitude, comme à chacun de ces spectacles  de rue qui s'improvisent un peu partout dans d'Avignon du festival. 
Puis la guitare de Brian May jaillit comme un cri et, sans attendre, le diabolo prend vie. 

Fluide, agile, il tente une première pirouette et déjà le semblant de foule applaudit. 

Déjà, la sono enchaine sur un autre morceau alors qu'un  diabolo vert vient rejoindre son jumeau.
Le rythme est plus rapide à présent et les figures se font plus pénibles, et plus confuses aussi. 


Le final se rapproche, il est temps à présent pour le diabolo rouge de prendre son envol. 
La corde se tend un peu trop vite, pas assez droite, et l'espace d'un instant, le cylindre rouge semble hésiter avant de retomber. 
Par ici ?
Plutôt par là ? 



S'il en avait le temps il se demanderait d'où sort cette petite fille qui le regarde, émerveillée, un diabolo jaune à la main. 
Les mots fusent dans sa tête sans parvenir à se frayer un chemin jusqu'à sa bouche :
"Pousse toi fillette !
Pousse toi !"

Pièces détachées - OuLiPo

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Le festival d'Avignon se finit vendredi.
Plutôt que d'encombrer mon flikr d'inutiles photos de vacances qui ne vous disent rien je ferais mieux de mettre ces derniers jours à profit pour faire partager à ceux qui sont dans le coin mes trouvailles théâtrales de derniers jours, et allécher au passage les parisiens parmi vous juste avant que les troupes ne regagnent la capitale.
Mon dernier coup de coeur s'appelle "Pièces détachées Ou-Li-Po", et à vrai dire il n'est pas récent à proprement parler , d'ailleurs il a triomphé un peu partout.  



Ne venez pas ici chercher une pièce construite avec un histoire cohérente. 
Il s'agit en réalité d'une compilation de textes écrits ou inspirés par l'OULIPO ; l'ouvroir de littérature potentielle création de Queneau et Le Lionnet. 
L'OULIPO est peut être un concept qui vous est familier (qui sait ? vous avez peut être eu la chance, comme moi de présenter Les Fleurs Bleues au bac L en 2000 ?). 
Sinon, ne vous embêtez pas de concepts compliqués, foncez découvrir une pièce désopilante d'un bout à l'autre, servie par un texte aussi technique que jubilatoire...

Et profitez aussi d'une mise en scène, comment dire ?
Tranchée ? 

Un Malaise Politique

. 27.7.09
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IL est sorti du Val de Grace. 

Pas besoin de vous préciser de qui il s'agit, depuis un peu plus de vingt quatre heures blogueurs et médias ne cessent de marteler la moindre non information qui filtre au sujet du récent malaise de Nicolas Sarkozy. 
L'espace de quelques heures on pourrait presque en oublier la disparition de Michael Jackson, si les radios et télés musicales et les marchands du temple ne bruissaient de sa voix libérée, comme si la mort avait soudain levé cette hypothèque que les moeurs de la star avaient fait peser sur sa gloire 
C'est dire si l'évènement est d'importance...

On le dit même dans le Monde par la bouche d'un chercheur du CNRS, rien que ça...
Le banal malaise du président a déclenché une véritable épidémie de commentaires. Comme si la France entière se retrouvait au chevet du président... 
L'intérêt que suscite cette nouvelle n'a d'ailleurs rien pour surprendre. 
Depuis l'aube de la cinquième République les Français ont accordé à leur Président une stature de Monarque.
Et cela Nicolas Sarkozy l'a bien compris lui qui ne cesse de mettre en scène son quinquennat.    
Depuis son Coucher avec Carla jusqu'à son lever du  lit d'hôpital les Français suivent leur Président qu'ils le soutiennent ou non. 

Sans plus de surprise on constate donc que l'habituel phénomène de "cristallisation" qui frappe tout ce qu'approche Nicolas Sarkozy se faiour une fois de plus ; les uns se répandant en de sirupeux voeux de rétablissement tandis que d'autres sourient, rêveurs, à la pensée que  "c'est peut être plus grave q'on ne nous le dit"...
Accordons toutefois à ces derniers que les "précédents" n'étaient pas de francs exemples de transparence...
D'autant que déjà l'évènement tend à devenir une ostensible manoeuvre de communication, elle même teintée de quelques couacs, pour sûr. 
Je pense à ce propos que cette sublime phrase de Patrick Balkany me fera rire pendant des jours encore : 
«Ces derniers temps, [...] il était particulièrement affûté et il ressemblait plus à un coureur du Tour de France qu'à un président"
Il faut croire qu'on a les amis qu'on mérite...


Rien de neuf donc ? Ne s'est-il vraiment rien passé ? 
Moi, au delà de cette médiatisation j'ai envie de me demander s'il ne s'est pas produit quelque évènement qui dépasse les simples volontés médiatiques et politiques.

Car au delà de l'interprétation que l'on peut lui donner il y a l'évènement lui-même, aussi vif et brutal que peut l'être un malaise. 
Somme toute, s'agissant d'un homme qui a bâti son image politique sur une énergie volontariste qui transpire une relative violence il y a de quoi s'interroger au sujet de l'avenir. 

Quel impact ce rappel à l'ordre aura t'il sur l'image de Nicolas Sarkozy, celle qu'il s'est construite, celle qu'il veut laisser paraitre. 

Puis-je affirmer que ce sera le cas ? 
Il me semble que oui. 
L'intention affichée de Nicolas Sarkozy de prendre quelques jours repos au lieu de se répandre en cette démonstration de "pleine possession de ses moyens" à laquelle on pouvait s'attendre est déjà un indice en ce sens. 

Le Président compte t'il faire évoluer son image ? Doit il le faire ? 
Probablement... 
Après le fantasme du dynamisme dans un corps d'airain, ciselé aussi bien à la course à pied  qu'au cyclisme il est peut être temps de laisser la place à un quiquagénaire plus humain. 

Voilà qui serait un angle intéressant afin d'apparaitre comme un homme nouveau lors de cette présidentielle qui n'aura lieu que dans un peu plus de deux ans. 

C'était mon quart d'heure politique fiction à tendance divinatoire.
Laissons reposer tout cela pour aujourd'hui, quoi qu'il en soit les semaines à venir risquent d'être interessantes à observer. 
Car, que l'on apprécie où pas Nicolas Sarkozy, il faut bien reconnaitre qu'en cette période estivale il est bien le seul à se dévouer pour faire l'actualité. 

Amooore [theatre]

. 22.7.09
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Ceux d'entre vous qui sont déjà venus au Festival d'Avignon le savent ; le Off est un joyeux embrouillamini au milieu duquel on peine bien souvent à discerner les perles au milieu d'un Océan de pièces de boulevard écrites à la chaine sujet des amours malheureuses de trentenaires désabusées. 
Pourtant chaque année on se rappelle avec émotion un spectacle dont on n'attendait pas grand chose mais qui a sut faire mouche. 

En ce qui me concerne Amooore est de ceux là. 



Amooore ! est un spectacle un peu à part, selon l'affiche il s'agit meme d'un "spectacle d'objets et de marionnettes érotiques pour adultes vaccinées".
Tout un programme.

Mais c'est surtout la présence d'Elisabetta Potasso, séductrice d'un bout à l'autre, quoi qu'elle fasse dans son rôle d'italienne amoureuse et déprimée. 
La jeune femme déploie une énergie communicative, emmène un texte tout à la fois ciselé et inventif, met en scène des objets inattendus [vraiment inattendus] et des marionnettes hystériques.

Si l'idée d'un spectacle sur la sexualité féminine ne vous déplait pas vous feriez bien mieux d'aller voir jouer l'authentique bout de talent qu'est Elisabetta Potasso plutôt que de rabâcher une dixième fois les monologues du vagin. 
Mon coup de cœur de l'année... Mais le festival n'est pas fini.

Et pour vous faire une idée :


Seuls dans le train de nuit

. 17.7.09
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Je dévale les marches à la volée et m'excuse au passage alors que mon coude maladroit les heurte par mégarde.
L'homme me répond dans un sourire. 

Des notes de bière teintent son haleine et sa voix lorsqu'il m'adresse des remerciements exagérés, de ceux qui distinguent l'homme qui n'en a pas l'habitude
A cet instant, je ne prête attention ni à sa chemise trop grande, ni à ce sac poubelle qui contient ses affaires. 
Je n'accorde pas même un regard à cette brune qui s'accroche à son bras.

Moi je finis ma course, encore tout à mon élan, plus emporté par habitude que réellement pressé.





J'ai le regard déjà perdu alors que les quais s'enfuient par la fenêtre  pour devenir ces rues que je connais trop bien.
Il est vingt et une heures déjà et mes traits se reflètent
sur la vitre dans une grimace figée que je choisis d'ignorer.


"Le contrôleur je l'emmerde ! "


C'est ce cri qui me tire de mes pensées, je n'ai aucune peine à y reconnaitre la voix de l'homme de l'escalier.

Pourtant, elle n'est déjà plus la même tant l'euphorie de l'instant passé semble avoir fait place à une rage incontrôlée. 
La brune, dont le brushing impeccable trahit une coupe récente n'a pas lâché son bras. D'un geste brusque il la force à lâcher prise avant de lancer les  sacs  de plastique noir sur la banquette à sa gauche. 
Déjà il hurle à nouveau. 
"Le contrôleur je l'emmerde !"
"J'ai fait quatorze ans de taule ! Vous croyez que je vais me laisser emmerder par un contrôleur ?"
"Qu'il essaie de venir et je l'emplâtre"  

La brune se rattrape à son bras et tente de le raisonner d'un sourire qui peine à dissimuler son inquiétude.

A présent la totalité des plus ou moins dix passagers disséminés dans le wagon a le regard tourné vers lui 
Quelques deux sièges plus à gauche une dame sursaute sous un carré Hermès avant de m'adresser un sourcil levé tout à la fois complice et fataliste.


La tempête se calme peu à peu, lorsqu'enfin il consent à s'asseoir. 
Et moi je me surprends à rougir lorsqu'elle se love au creux de ses bras. 


Puis le train arrive en gare.
Alors moi, comme les autres je me lève en direction de la porte comme pour ne pas les déranger.

Il ont les yeux fermés lorsque j'arrive à leur hauteur. 

Puis je sors, enfin, alors qu'ils restent seuls, tous deux, dans le train de nuit.